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DANS LE NORD
Le 9 mars 1945, vers 19 h 45, le général commandant supérieur en Indochine apprenait à son quartier général de Hanoï qu'un détachement du 9e R.I.C., faisant mouvement de Quang-Yen sur Haiphong, était attaqué par les Japonais au bac de Quang-Yen. Croyant à un incident local, le général envoyait immédiatement son adjoint au général Mitsu [?], commandant la division japonaise en place au sud du Fleuve Rouge, pour lui demander des explications. Quelques minutes plus tard, il était informé de la mise hors d'usage de la centrale des P.T.T. de la capitale. Il avertissait aussitôt le général Massimi et donnait l'ordre au commandant d'armes délégué de se rendre à la citadelle pour y assurer, comme cela était prévu, la défense de Hanoï.
À peine ces ordres étaient-ils donnés que, vers 20 heures, les premiers coups de feu étaient tirés dans le jardin du Q.G. Comprenant alors que les Japonais déclencheraient l'assaut attendu, le général faisait lancer aux commandants de groupes de subdivisions le mot convenu : « Sarajevo », correspondant à la situation qui se créait.
Le quartier général n'était pas défendu ; les quelques hommes qui occupaient le poste de garde furent massacrés sans avoir eu le temps d'ouvrir le feu. Les Japonais, après une fusillade nourrie et un inutile bombardement du bâtiment à coups de mortier, capturaient le commandant supérieur des troupes de l'Indochine. Ils avaient espéré qu'en le prenant vivant, ils le contraindraient à faire cesser la résistance. Ils se trompaient.
Durant toute la nuit, puis les 10 et 11 mars, ils s'employèrent à lui arracher l'ordre tant désiré. Le général ne fléchit pas. On le laissa enfin en paix. L'ennemi tenait en réserve d'autres procédés pour obtenir la reddition.
La défense de Hanoï a été celle que le commandement avait voulue. Elle s'est déroulée à la citadelle, où les effectifs permettaient une bonne résistance, et à la concession, où se trouvaient les archives du B.S.M., c'est-à-dire celles de nos relations avec l'extérieur.
La citadelle, simple enceinte de murs, avait été, en prévision de l'agression des Japonais, renforcée de blocs aux angles. Elle a été défendue par 400 Européens dont 30 officiers, 550 Indochinois servant 9 canons de 75, une pièce de 25 et 50 armes automatiques, avec 250 000 cartouches et 1 800 obus.
L'attaque débuta par le massacre de tout le personnel qui se trouvait à ce moment à l'État-major de l'Air. Cependant, de la citadelle, le feu était ouvert par l'artillerie qui infligeait à l'assaillant de lourdes pertes et le fixait jusqu'à minuit sur ses positions. L'ardeur des défenseurs était grande. Les Japonais, après s'être renforcés, montent à l'assaut, prennent pied dans un local du R.I.C., où ils restent bloqués par notre feu ; d'autres éléments de soutien occupent les étages des immeubles dominant la face Est des quartiers militaires et, vers 5 heures, ouvrent sur la défense un tir terrible de mortiers. Un nouvel assaut leur donne quelques gains, mais encore une fois ils sont arrêtés par notre mousqueterie. Ils tentent alors de pénétrer par la porte Sud en appuyant leur attaque de jets de liquide enflammé. Nos hommes les repoussent partout. Une contre-attaque est lancée.
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[Suite directe de la page précédente.] Cette contre-attaque est lancée vers 17 h 30 avec l'aide des automitrailleuses et de l'artillerie. Elle progresse en vingt minutes ; l'ennemi est ramené dans les bâtiments du 9e R.I.C., perdant ainsi le terrain qu'il a mis neuf heures à gagner. Dans le même temps, les Japonais renouvellent sans succès leurs charges sur la brèche qu'au début ils ont réussi à ouvrir dans la face Est de l'enceinte. À 13 heures, par une seconde contre-attaque, nous reprenons la presque totalité de la caserne du 9e R.I.C. Mais les munitions s'épuisent ; nous n'avons pas de troupes de réserve pour soutenir cet effort. À 13 h 30, l'ennemi, à qui ses pertes sévères ont imposé de fréquentes relèves, reprend énergiquement l'offensive. Ces attaques ne peuvent plus être contenues. Le général Massimi, qui voit venir la fin, donne l'ordre de détruire le matériel. Il est 15 h 15. Les soldats se battent sans une minute de répit depuis près de 18 heures. Sur 757 Français, 250 sont morts ou blessés. La garnison est à bout. Les assaillants néanmoins hésitent à lancer une charge nouvelle. Ils envoient au général Ayme, prisonnier depuis la veille, un officier français accompagné de Japonais pour lui faire connaître la situation de la citadelle. Le général assure qu'une longue résistance, sans munitions, avec une troupe épuisée, est impossible, et autorise le général Massimi à déposer les armes et à accepter les honneurs de la guerre qui lui sont offerts.
Vers 17 heures a lieu dans l'enceinte, parmi les ruines glorieuses, l'ultime hommage aux morts et la cérémonie aux couleurs, puis les défenseurs, raidis par l'émotion, défilent devant leur chef, que le général japonais [Nishiki ?] félicite pour sa défense héroïque et magnifique. Après quoi, c'est l'internement des combattants.
Cependant, le quartier du 1er régiment de tirailleurs tonkinois tient toujours. Le commandant Dumaine, pressé par les infiltrations qui se produisent de tous côtés, a organisé un réduit couvert par l'occupation de quelques bâtiments jouant le rôle d'avant-postes. De 20 h à 1 h, l'ennemi attaque vigoureusement quatre fois. Quatre fois, il est rejeté sur sa ligne de départ. Vers 4 h, une nouvelle poussée est bloquée, mais les pertes sont terribles parmi les assiégés. L'infirmerie de garnison, située hors de la citadelle mais voisine du réduit, gêne considérablement la défense. À 15 heures, un détachement tente une sortie après avoir épuisé tous ses moyens de feu. Il est cerné, désarmé, capturé. À ce moment, le commandant Dumaine entend la sonnerie du « cessez le feu » qui met fin au combat au 9e R.I.C. Il refuse de se rendre malgré que les Japonais, usant de leur procédé habituel, lui envoient deux militaires français, dont l'un est officier et gravement blessé, pour l'inviter à déposer les armes sous menace du massacre général de tous les prisonniers. Une heure environ encore se passe. Le feu des assiégés est peu nourri, prudent, car les munitions sont presque épuisées. Les Japonais, maîtres du reste de la citadelle, se massent en nombre considérable et concentrent tous leurs feux sur la dernière résistance. Dumaine ne peut répondre. Ses pertes sont de 54 % pour les Français, de 46 % pour les Indochinois et Thais. Il n'a plus de cartouches. Il se rend. Les Japonais le complimentent pour sa superbe tenue.
Pendant le combat, un médecin, les blessés et les malades en traitement à l'infirmerie ont été lâchement et sauvagement assassinés.
Au quartier Balny de la télégraphie militaire, à la concession, à la caserne René, la résistance s'est poursuivie jusqu'à l'épuisement total des moyens de défense. Avant de se rendre, les défenseurs avaient brûlé soigneusement tous les documents secrets dont la garde leur avait été confiée.
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Le combat a duré deux jours. Hanoï est aux mains des Japonais. La garnison est prisonnière, mais l'honneur est sauvé car le sang versé est combattant.
Haiphong était en alerte lorsque l'attaque se produisit. La défense était presque entièrement concentrée à la caserne Bouët, enceinte fragile renforcée seulement aux angles de quelques bétonnages. 350 hommes, dont une centaine de Français, se trouvaient aux emplacements de combat. Cette troupe ne comprenait guère que les employés du corps de la garnison, constituée par des réservistes fatigués. Les éléments en position hors du camp, deux batteries de D.C.A., les marins du Bourdaïs et de la base Marine résisteront vigoureusement de leur côté.
À 19 h 30, les Japonais, après avoir occupé les maisons dominant le quartier, chargent et réussissent à s'infiltrer par la face Est à l'intérieur des casernements. Les renforts envoyés en toute hâte pour les arrêter sont décimés. Néanmoins, les défenseurs tiennent toute la nuit sur les positions qu'ils ont organisées.
L'ennemi, que cette résistance étonne, veut ménager son personnel en obtenant une reddition volontaire de la garnison. Il installe ses haut-parleurs dans les immeubles voisins et somme les assiégés, en français et en annamite, de mettre bas les armes pour éviter des malheurs à leurs familles et à eux-mêmes. Ces sommations sont accueillies par un redoublement de tir de la défense. À 2 heures, les sommations plus pressantes annoncent un assaut général imminent. Les Japonais sortent en effet de leurs abris. Une terrible fusillade les refoule.
Au lever du jour, le colonel Lapierre tente plusieurs contre-attaques, mais, de même qu'il empêche l'ennemi de progresser, ce dernier l'empêche à son tour d'avancer. La fusillade se prolonge jusqu'à 10 heures. Les Japonais, à ce moment, appuient au canon une poussée qui les amène tout près du réduit. Les Français n'ont plus de grenades, plus de projectiles pour leurs armes automatiques ; les hommes épuisés ont vidé leurs cartouchières. Le colonel Lapierre ne peut plus combattre. Il fait sonner le « cessez le feu ».
La garnison de Langson comprenait un état-major de brigade, un bataillon de forteresse qui, avec un autre bataillon du 10e R.I.C., soutenu par un groupe d'artillerie, tenait la citadelle, les forts et divers points d'appui. Un bataillon du R.T.T. occupait Ky-Lua, sur la rive droite du Song Ky-Cong. En outre, le 1er bataillon du 3e R.T.T. avait détaché deux compagnies à Mai-Pha et une autre à Dong-Mo. Les deux compagnies de Mai-Pha, surprises dès le début de l'attaque, se dispersèrent et ne furent d'aucune utilité pour la défense.
Le 9 mars, les Japonais, qui entretenaient avec nous des relations correctes, conviaient à dîner le colonel Robert [?], commandant de la subdivision, et, au cours du repas, le faisaient prisonnier.
Ce guet-apens connu vers 20 heures cause dans la garnison une profonde indignation. Les officiers comprennent tout de suite que les Japonais vont abattre leur jeu, font prendre sans délai les dispositions de combat.
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L'attaque ne tarde pas à se produire. Elle se déclenche à 21 h 30 sur la citadelle et sur les éléments tenant la rive gauche du Song Ky-Cong. Le réduit du général Lemonnier est très vite encerclé. Il tiendra cependant jusqu'au lendemain dans la matinée.
Dès 22 heures, des infiltrations se produisent dans la citadelle, qui jusqu'alors a repoussé toutes les charges. La caserne Brusseaux et le fort Brière-de-l'Isle sont assaillis en même temps.
Alors commence une lutte extrêmement meurtrière. Le lieutenant-colonel Jenny, commandant la citadelle, est tué. Le capitaine Vernières le remplace. Un combat pied à pied se déroule pendant six heures. Le quartier d'artillerie est pris et repris ; de jour, l'ennemi tient plusieurs bâtiments sur la face nord et l'angle sud-ouest du camp. Le 10, à 7 heures, une contre-attaque appuyée de chars est arrêtée par les Japonais. Le capitaine Vernières, successeur du lieutenant-colonel Jenny, est gravement blessé. Sa disparition cause un grand désarroi à la troupe qui, à 13 heures, abandonne la citadelle à l'exception du blockhaus Nord-Est. Celui-ci ne tombera qu'après encore quatre heures de combat. Le docteur Cloré [?], dans l'hôpital où il avait recueilli la majeure partie des femmes et des enfants, a soigné, avant la capitulation, plus de 400 blessés. Lorsque le blockhaus du Nord-Est est pris, une partie de la garnison parvient à gagner le rocher de Van-Méou.
À la caserne Brusseaux, l'assaut est donné à 21 heures. Le bâtiment, battu par un feu violent, résiste toute la nuit et ne se rend que le 10 à 18 h 45.
Le fort Brière-de-l'Isle est vigoureusement assailli le 9 à 23 heures. Les Japonais prennent pied sur les superstructures mais ne peuvent entrer dans les casemates. Le 10 à 8 h 20, ils réussissent pourtant à occuper la casemate d'artillerie de 42 [?] et à pénétrer dans les dessous de l'ouvrage.
À 10 h 30, les Français tentent de se dégager. Ils lancent une contre-attaque mais, accablés sous le nombre, ils sont refoulés. L'ennemi progresse dans les dessous. La défense, gênée par les émanations de gaz, recule pied à pied. Enfin, à 18 h, la garnison exténuée se rend.
Au camp de Ky-Lua, le 4e bataillon du 3e R.T.T. ouvre le feu à 21 heures. Son chef, le capitaine Bertrand, est tué en rejoignant son poste. Le 10, deux attaques japonaises sont repoussées au lever du jour. L'ennemi n'insiste pas mais s'infiltre peu à peu dans le dispositif. Dans la nuit du 10 au 11, les assauts qu'il lance sont tous repoussés. La garnison très éprouvée se replie sur le fortin. Le 11 au matin, un officier français envoyé par les Japonais vient signifier aux défenseurs que, si le bataillon ne se rendait pas, il en résulterait un massacre général. Cet officier ajoutait que Langson avait, la veille, cessé le feu. Les assiégés, dont les munitions sont épuisées, consentent alors à déposer les armes.
La compagnie de Dong-Mo avait réussi à décrocher dès le début de l'action et, suivie de l'équipage du train blindé, a pu passer la frontière.
Les Japonais sont enfin maîtres de Langson. Ils se sont battus un contre dix. La victoire, comme à Hanoï, comme à Haiphong, comme partout, a été chèrement payée. Ils se vengent en massacrant les prisonniers.
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À 16 heures, le 10 mars, les Français capturés dans le fort Brière-de-l'Isle sont attachés, les mains derrière le dos, la corde passant autour du cou. Ils sont conduits sur la courtine, massés sur trois rangs face à une section baïonnette au canon et au commandant Rouy [?], blessé, que l'on a amené là pour qu'il assiste à la mort de ses compagnons. Deux fusils-mitrailleurs en position prennent d'écharpe les malheureux. Le lieutenant Duronsay [?], rescapé du combat de la citadelle et qui avait rejoint le fort Brière-de-l'Isle pour continuer la lutte, tente généreusement d'obtenir que soit épargnée la vie des soldats au milieu desquels il se trouve. Sa voix s'élève dans le silence de ces préparatifs monstrueux : « Les officiers seulement », crie-t-il aux Nippons. Personne ne répond, pas un Français ne bouge. Tous acceptent la mort hideuse qui les attend. Les exécuteurs mettent en joue. Alors les condamnés, spontanément, entonnent La Marseillaise. Le capitaine japonais fait abaisser les armes. Il écoute, grave et froid, avec une étrange courtoisie, ces hommes qui vont mourir et qui chantent. L'hymne héroïque s'élève, s'amplifie. Les voix sont puissantes et claires. Aucune ne faiblit. Après le second couplet, les Français se taisent. Les Japonais tirent. Les fusillés sont achevés à la baïonnette par les tueurs amenés là pour ce carnage. Cela dure deux heures, avec de courtes interruptions, car les assassins sont fatigués. Les corps sont ensuite déliés et jetés dans le fossé. Deux survivants, percés de coups, le sous-lieutenant Comrette [?] et le caporal-chef Salidin [?], peuvent, après le départ des Japonais, sortir du charnier, se traîner jusqu'à l'hôpital où ils sont recueillis et sauvés.
Le lendemain, dans l'après-midi, tous les blessés européens « pouvant marcher » sont rassemblés. Ils vont être, leur dit-on, transportés à Hanoï. Ils partent. On ne les reverra plus.
Le 12 mars, à 11 heures, le médecin-lieutenant Lung assiste à la décapitation, aux rochers de Ky-Lua, du général Lemonnier et du résident Auphelle.
Le lendemain, 200 Français sont conduits par groupes de dix près d'une pagode sur le bord du fleuve. Personne n'en revient. Aucun survivant ne pourra jamais raconter comment le sang de ces soldats coula sur la terre d'Asie qu'ils avaient si âprement défendue. Les indigènes qui, de loin, ont pu assister au massacre se tairont longtemps encore, épouvantés.
Il y avait à Langson, le 9 mars, environ 750 Européens ; 180 sont morts au combat ; plus de 400 ont, après le « cessez le feu », été massacrés.
Au fort de Dong-Dang se déroulent des scènes d'horreur analogues. L'ouvrage est attaqué le 9 au soir par un fort détachement nippon qui tue le chef de bataillon Seullier [?]. Cependant, les hommes ont pu fermer la porte et nettoyer le fort des Japonais qui l'avaient envahi par surprise. Ils tiennent quatre jours malgré les sommations qui leur sont envoyées par l'intermédiaire d'un officier français. La défense tombe le 13 mars après une offensive de gaz. Le capitaine Acquiss [?] reçoit les félicitations de l'assaillant et est exécuté devant tous ses compagnons.
Les prisonniers français sont décapités au sabre sur le bord d'une tranchée en haut de la colline. Le soldat Bravaqui [?] criera à chaque coup de sabre qu'il reçoit : « Vive la France ! » Il faudra frapper trois fois pour l'achever. Sur une trentaine, un seul d'entre eux en réchappe. Avec une horrible blessure à la naissance du cou, à la nuit tombante, il sortira du charnier non sans jeter un dernier regard d'adieu sur ses pauvres corps couverts de sang.
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Le soldat Caen [?], rescapé de Dong-Dang, passera la frontière et racontera, les larmes aux yeux, le destin des défenseurs de Dong-Dang.
Dans la soirée du 9 mars, 55 hommes dans le fort de Dong-Dang ont tenu en échec, pendant quatre jours, un assaillant dix fois plus nombreux. Le 13, tous étaient morts glorieusement, sauf un.
L'armée japonaise était déshonorée.
Partout où flottait notre drapeau, partout où ils n'ont pas été surpris, partout où ils ont disposé de quelques minutes seulement pour s'armer, nos soldats ont résisté.
À Quang-Yen, à Vinh, à Nam-Dinh, à Binh et dans tant d'autres postes dont l'énumération serait longue et monotone, les Japonais se sont heurtés à une défense farouche.
Sur le 3e territoire militaire, les hostilités ont débuté le 9 mars à 19 heures, à Hagiang. Le poste était protégé par le fort Billiotte, inachevé, et par divers points d'appui. La défense comprenait deux compagnies indochinoises avec 80 légionnaires disciplinaires et les cadres de la section spéciale. De leur côté, les Japonais avaient porté insensiblement leurs effectifs à 900 hommes, dont 400 avaient échappé à notre identification.
Comme à Langson, le commandement japonais tente, ce soir du 9, de réunir dans un dîner tous les officiers français afin de décapiter la défense à l'heure où se déclencherait l'attaque préparée. Mais le commandant du territoire, le chef de bataillon Mouillet, se méfie. Il décline l'invitation et convie lui-même les Japonais à prendre l'apéritif à son domicile. En même temps, il ordonne quelques mesures de sécurité aux alentours de son domicile. Déjà alerté par l'administration civile, il a renforcé dans le poste le service de garde.
À 18 h 30, des officiers étrangers arrivent à la résidence. Cinq d'entre eux, inconnus du commandant Mouillet, sont en réalité des sous-officiers déguisés. Les officiers français désignés pour participer à cette réunion sont armés. À 19 heures, le commandant japonais, prétextant une indisposition, s'excuse et se retire. Les autres demeurent, boivent à la santé des vieux camarades puis, soudain, se jettent sur les officiers français qu'ils comptent assassiner dans un instant. Mouillet fait venir sa garde et monte à l'étage. Quelques minutes plus tard, la lumière s'éteint ; les Japonais du cantonnement abattent comme des châteaux de cartes les sentinelles du poste de garde et se précipitent vers la résidence, le pistolet à la main. Ils tuent un de leurs hôtes, en blessent un autre et capturent trois soldats. Le commandant Mouillet, en compagnie d'un officier, se défend à l'étage ; un Japonais tombe. Les autres poussent devant eux madame Mouillet, corde au cou, qui tient dans ses bras un enfant de cinq mois. Ils menacent de la tuer si le père ne se rend pas. Ce dernier, pris dans un atroce dilemme, refuse pourtant. Cinq fois, il crie « Non ! » aux affreuses menaces qui lui sont adressées. Il sacrifie à son devoir ce qu'il a de plus cher au monde. Les deux officiers se réfugient au grenier, se barricadent et tiennent. À 4 h 30, ils luttaient toujours et repoussaient un assaut.
Pendant ce temps, les défenseurs extérieurs d'Hagiang étaient rapidement submergés. À la cote 300, la garde indochinoise a évacué la position et s'est repliée sur le poste après avoir arrêté une charge sérieuse.
Au fort Billiotte, les déblais des travaux coupent les champs de tir des casemates et offrent à l'ennemi des rampes d'accès.
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Les Japonais profitent de ces rampes. Le commandant du fort, malgré les sommations transmises par un aspirant français, corde au cou, refuse toute discussion de reddition. Le 10, à 6 heures, les infiltrations s'amorcent dans les dessous de la casemate canon. La défense est devenue impossible. Le fort se rend. Le camp de la Légion a été surpris. Les Japonais, dès le début de l'action, ont massacré le poste de police, occupé le rez-de-chaussée de la caserne, localisant ainsi la défense à l'étage. Le médecin du bataillon, corde au cou lui aussi, apporte aux légionnaires la sommation de se rendre. La position, prise à partie par l'artillerie, tombe à 8 heures.
Alors, comme à Langson, commence le carnage. Aussitôt après la reddition, un officier du génie est exécuté au sabre et au revolver puis, dans la cour du quartier, en présence des officiers, 44 sous-officiers et hommes de troupe ligotés sont abattus à coups de pelle et de pioches et achevés à la baïonnette. Les survivants de la Légion sont amenés à la résidence. Les Nippons font savoir au commandant du territoire, toujours barricadé dans son grenier, que s'il ne se rend pas ils fusilleront tout le groupe ainsi que sa femme, sa fillette et ses deux parents qui attendaient, attachés aux mains et au cou. Le commandant Mouillet se rend à 9 heures avec l'officier qui ne l'a pas quitté depuis la veille.
Les prisonniers du fort, dont deux femmes et un enfant, avaient, le 10 au matin, été enfermés dans un casernement japonais. À 10 heures 22, l'ordre d'exécution est donné. Le mitrailleur par un bataillon annamite [?], puis achevés à la baïonnette par les soldats nippons.
Le groupe de protection de la résidence avait déjà été fusillé vers midi, à l'exception du sous-officier chef de groupe et d'un officier. Plusieurs exécutions ont lieu encore le 11, dont celle de l'adjudant Dury [?], percepteur, qui a refusé de déclarer par écrit que 488 000 piastres avaient été partagées entre les unités françaises avant l'attaque. L'officier japonais passe pour s'être approprié cette fortune.
Le total des Européens massacrés à Hagiang atteint 80. Les officiers ont été épargnés, sauf un, pour servir d'otages ou de parlementaires.
La garnison a perdu 20 Français au combat ; 80 ont été assassinés. Le nombre des morts indochinois, plus élevé, était inconnu selon les estimations les plus modérées. Les Nippons ont payé leur guet-apens de 250 tués et de 150 blessés.
Tous les postes de la haute région du Tonkin avaient reçu le 10 mars, dans l'après-midi, le radio chiffré suivant par ordre du gouvernement général : « Cessez le feu ». Quelques officiers seulement obéirent sans se douter qu'ils étaient victimes d'une ruse japonaise. Les autres s'obstinèrent dans la résistance. Les postes qui ne pouvaient soutenir un assaut furent détruits ; leurs garnisons prirent la jungle, se groupèrent en colonnes, lorsqu'elles le purent, avec d'autres troupes en mouvement afin de continuer la lutte, ou bien s'efforcèrent de gagner la Chine.
Deux généraux, Sabattier et Alessandri, drainant la plupart de ces détachements, réussirent à tenir la brousse pendant deux mois avant de passer la frontière.
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Les forces du Tonkin qui, à l'est du Fleuve Rouge, se sont regroupées à proximité de la frontière, Moncay, Cao-Bang, Hagiang, soit environ 4 000 hommes, pouvaient, avec l'aide des Américains ou des Chinois, organiser pour une campagne de guérilla ou se retirer en Chine afin d'être prêtes à intervenir au cours de l'offensive de la libération de l'Indochine.
La première solution impliquait une aide puissante de la part des Alliés. La seconde, plus séduisante, risquait cependant de provoquer des défections nombreuses parmi les tirailleurs dont le loyalisme déjà paraissait incertain. La concentration en Chine fut donc abandonnée au profit de la résistance sur le territoire fédéral, et nos troupes continuèrent à déferler dans le secteur de la Rivière Noire puis dans le Haut-Laos avec une magnifique endurance. Les derniers lambeaux de la terre indochinoise, elles auraient pu et elles se sont efforcées de conserver aux Alliés les aérodromes de Son-La et Dien-Bien-Phu, de Luang-Namtha, en constituant ainsi une tête de pont aérienne à l'armée britannique de la Haute-Birmanie, à laquelle elle se serait soudée par la suite si l'appui dont elle avait besoin ne leur avait pas manqué. Malheureusement, l'offensive birmane réclamait alors toute la puissance de combat des armées alliées et les généraux Sabattier et Alessandri furent à peu près abandonnés à leurs propres moyens. Les groupes d'action Dauphine [?], Grasset et Cortadellas apporteront bien aux Français l'appui de leur matériel, mais cet appui ne pouvait pas être assez efficace pour arrêter la submersion japonaise. Après quatre jours de combats presque quotidiens, de marches épuisantes dans un pays difficile où le ravitaillement devenait impossible, le groupe Alessandri réduisit de moitié franchissait la frontière.
Le général Marcel Alessandri
Dès le début des opérations, les divers groupements avaient demandé l'appui immédiat de l'aviation alliée. Des terrains de larçage [?] de matériel et d'atterrissage avaient été aménagés rapidement. Or cette aide aérienne a été pratiquement nulle. Les rares bombardements effectués par la 14e U.S.A.A.F. ont porté sur des points éloignés des vrais théâtres d'opérations et ont eu pour résultat de provoquer, à titre de représailles de la part des Japonais, l'arrestation ou l'exécution d'Européens soupçonnés de les avoir provoqués. D'autre part, soit à cause du mauvais temps, soit pour toute autre raison, les parachutages d'armes et de munitions n'ont pas toujours réussi.
Après de multiples appels, un accord était conclu par le général Sabattier et le général [Chennault ?], représentant des U.S.A. au sujet du ravitaillement par air de nos troupes. Cependant, une précision ne fut donnée quant à la date de la livraison du matériel en question. Le 24 avril, alors que nos forces tentaient déjà de gagner la frontière, le général Alessandri n'avait encore rien reçu. Au début de mai, la résistance était pratiquement terminée.
Quant à l'appui terrestre que nous aurions pu attendre de la part de la 93e D.I. chinoise stationnée à l'ouest du 5e territoire, il s'est peu venu.
o o o
DANS LE SUD DE L'UNION
L'attaque japonaise du 9 mars a été une surprise dans toutes les garnisons où elle a eu lieu. Dans de très nombreux cas, la défense, dès le début, a été paralysée par la soudaineté de l'agression et par le manque de cadres, les chefs ayant été pris à domicile.
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Il n'en demeure pas moins que, partout où les hommes ont disposé seulement de quelques minutes pour organiser la résistance, la lutte s'est poursuivie jusqu'à épuisement des munitions.
À Saigon, les chefs désignés de la défense ont été mis dans l'impossibilité d'exercer leur commandement.
Le colonel Bertrand, commandant le groupement de Cochinchine-Annam-Sud, qui s'était couché à 21 h 30, était arrêté quelques minutes plus tard. Le lieutenant-colonel Mornau [?], commandant le 11e R.I.C., éveillé à la même heure par la fusillade, est immédiatement appréhendé dans sa chambre. Le colonel Assaud [?], du 5e R.A.C., est également, à 21 h 30, téléphoné à l'officier de permanence pour donner l'alerte alors que déjà son jardin est envahi.
Le lieutenant-colonel Sergent se heurte aux barrages japonais en tentant de rejoindre son régiment.
Seul, le colonel Bailly, directeur de l'artillerie, peut gagner le quartier Lagandière, dont il dirigera la défense jusqu'au 10 mars.
Partout ailleurs, les quartiers ont été défendus par les officiers de service et la garde qui disposait seulement des éléments de garde et de sortie.
Il faut ajouter enfin que l'agression japonaise a été conduite à l'époque des fêtes rituelles du Têt, alors que nos effectifs indigènes étaient réduits par le départ de très nombreux permissionnaires.
À la caserne Martin-des-Pallières, l'officier de permanence est alerté à 21 h 30. Le bruit des chars, en même temps qu'il apprend l'occupation de l'hôtel des P.T.T., lui donne l'ordre aussitôt d'alerter. Mais déjà les Japonais profitant des brèches ouvertes dans les murs extérieurs par le bombardement aérien du 7 février font irruption dans le quartier. Les chars entrent par la porte Nord. En moins de dix minutes, le chef est fait prisonnier. Cependant, des éléments isolés résistent désespérément. Les derniers coups de feu ne cessent qu'à 4 heures le 10 sur l'ordre du lieutenant-colonel Mornau, poussé sur les lieux par les assaillants.
Au quartier Virgile, P.C. du 5e R.A.C. et du R.T.A., le peloton de service du 5e R.A.C. est entouré dès le début de l'attaque. Surpris par la soudaineté de l'action et submergé par le nombre, les défenseurs ne peuvent opposer qu'une très brève résistance.
L'officier de permanence du R.I.A., entendant les chars japonais approcher, fait aussitôt sonner la « générale ». Un embryon de défense s'organise à l'infirmerie, puis dans les tranchées. Avec un petit groupe d'Européens, il tient tête aux assaillants jusqu'à 23 h 30.
Au quartier Lagandière, malgré le petit nombre d'hommes qui ont pu se grouper autour du colonel Bailly accouru en toute hâte, la résistance a été longue et a surpris les Japonais. Le quartier est défendu pied à pied avec acharnement. Après des replis successifs, les artilleurs se trouvent rassemblés, vers 1 h 30, à la hauteur de l'atelier de réparation du matériel d'artillerie et résistent encore une heure. Mais les munitions sont épuisées. Le colonel n'a plus autour de lui qu'une vingtaine de combattants valides. Mégalime [?], il refuse de se rendre. Il organise à ses compagnons d'encercler l'enceinte et de se réfugier au quartier Martin-des-Pallières, dont il ignore la reddition. Lui-même se dirige seul vers la caserne des Marines.
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À Cholon, la résistance dure cinq heures. La caserne n'est prise qu'après que l'agresseur eut fait sauter une partie de l'enceinte et que les munitions furent épuisées.
À Thudaumot, le chef de bataillon Mollard, commandant le 2e bataillon motorisé du 11e R.I.C., malgré les assurances apaisantes reçues de l'état-major de la D.C.C., est sur ses gardes. Le personnel est consigné au quartier et un premier dispositif de sécurité est mis en place.
À 22 heures, un agent de renseignement signale que les Japonais occupent le carré noir de Phu-Van [?], visant manifestement les communications téléphoniques sous coupées. Le commandant Mollard fait sonner la « générale ». À 22 h 15, lorsque les premiers coups de feu marquent le début de l'action, chacun est à son poste de combat. Le barrage central est bientôt déclenché.
Vers 22 h 30, il est manifeste que, devant la supériorité des forces ennemies, la défense ne pourra se prolonger longtemps. Le commandant d'armes décide alors d'effectuer des sorties offensives qui lui assureront la liberté de manœuvre indispensable à une unité mécanisée. Le lieutenant Tobert [?], un des meilleurs officiers, trouve la mort au cours d'une de ces actions de dégagement.
À 4 heures, sous un feu violent, la 6e compagnie franchit les lignes. La première partie de l'opération a réussi. Une seconde tentative, à 5 h 30, échoue malgré les tirs de protection de la garnison. La mort du chauffeur de la voiture de tête immobilise sur la route la colonne de la 5e compagnie, sur laquelle les Japonais intensifient leur feu. Ceux qui peuvent se dégager rejoignent le camp.
De part et d'autre, le tir redouble. Mais chez les défenseurs, les tireurs des armes automatiques sont tués ou blessés par la brèche faite dans le dispositif. Les assaillants s'infiltrent et le combat gagne les bâtiments où se déroulent des corps à corps.
Le 10, à 6 h 15, le commandant Mollard fait sonner le « cessez le feu » après avoir détruit toutes les archives. Mais telle est l'âpreté du combat qu'il se termine à la grenade et à la baïonnette. Le commandant Mollard était tué à son P.C. d'une rafale de mitraillette.
Au cap Saint-Jacques, à 18 h 50, le chef de province communique au colonel [Lalmirat ?] un renseignement qu'il vient de recevoir par téléphone et qui laisse prévoir une attaque de l'escadre au cours de la nuit qui tombe déjà. Le colonel réunit aussitôt les deux officiers supérieurs placés sous ses ordres et leur prescrit d'effectuer des rondes et de renforcer les mesures de sécurité habituelles. Ne croyant pas à une agression japonaise, il n'estime pas utile de consigner le personnel et de mettre en place le dispositif du plan d'alerte.
À 21 h 30, la pyrotechnie est occupée sans combat. Le commandant d'armes, averti, donne l'ordre d'alerter tous les postes. Il est presque aussitôt attaqué à son P.C. et il se défend fusil au poing avec quelques hommes jusqu'à 22 h 45.
Presque simultanément se produit, à la même heure, l'assaut de tous les postes des Marins. Certains sont occupés après un bref combat ; en d'autres points, la résistance se prolonge en dépit d'une infériorité numérique. Le P.C. du commandant Vial ne se rendra qu'après quatre heures d'une lutte acharnée, tandis que la 2e compagnie résistera jusqu'à 3 heures.
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À la batterie du vieux phare, quelques isolés se battent jusqu'au matin. Au plateau, 25 hommes repoussent les assaillants pendant durant, puis ils gagnent le massif où ils combattront encore jusqu'au soir. Ils ne se rendent qu'après avoir brûlé leur dernière cartouche.
LE GROUPEMENT DE L'OUEST COCHINCHINOIS
Le groupement de l'Ouest cochinchinois, qui avait une mission de guérilla, s'est constitué comme il était prévu et, grossi d'éléments de la Marine ainsi que de certains détachements de la Garde civile, s'est battu jusqu'au 26 mars.
Le 9 mars, le capitaine Charrier, commandant la 10e compagnie de Chaudoc, téléphonait au commandant Langillier [?], à Cammau [?], que son poste était investi par les Japonais et que, devant l'impossibilité où il se trouvait d'opposer la moindre résistance, il se repliait avec une vingtaine d'hommes dont il disposait.
Le lendemain à 1 heure, les ordres étaient donnés. Le bataillon formé, à 7 heures, Saigon diffusait la proclamation de l'amiral Decoux invitant les Français à déposer les armes. Le commandant Langillier [?], demeuré en liaison avec le chef de la province M. Montagnon [?] et le capitaine de corvette Mienville [?], commandant l'aviso Marne, mouillé à Cantho, tous trois se mettaient d'accord pour ne pas se soumettre et pour organiser la résistance dans l'Ouest cochinchinois.
Dans la matinée, le capitaine de corvette Mienville décidait de saborder son navire et se mettait, avec son équipage, à la disposition du commandant Langillier.
Sur le domaine de monsieur Grossier, situé en bordure du canal de Ca-Mau, où le P.C. avait été établi, de nouveaux détachements de la Marine et de la Garde civile encadrés de gendarmes et quelques civils venaient grossir les effectifs constitués à Cantho, formant ainsi un total de 150 combattants, disposant de 11 mitrailleuses, 5 mortiers, 15 F.M. Hotchkiss et 39 P.M. modèle 1915.
Le capitaine de corvette Mienville s'entoure d'un état-major et passe le commandement au chef de bataillon Langillier. Ce dernier s'installe sur la ligne Co-Quan, Bac-Lieu avec P.C. à Long-My. Le dispositif sera maintenu au cours des dix jours qui suivront. Des destructions sont opérées et quelques accrochages ont lieu, notamment à Tram-Ham le 18, où les Japonais se retirent avec de grosses pertes. De notre côté, le lieutenant du My [?], le médecin Raynal, l'adjudant Nua [?] et plusieurs tirailleurs sont tués. Le même jour, le capitaine-d'Hyers [?], chef P.I.T., dans l'ouest, tombe à bord d'une vedette au cours d'une reconnaissance.
À la suite de défections, d'abord dans la Garde civile Traï-Gang [?] puis parmi les tirailleurs, le groupement doit être à nouveau réorganisé. Enfin, le 26 mars, après le combat de Trang-Bang, qui a duré neuf heures, les derniers éléments doivent se rendre.
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EN ANNAM
En Annam, la résistance fut en butte à une surprise, mais les éléments des différentes garnisons eurent le temps d'organiser la lutte où, en certains postes, elle dura trois et quatre jours.
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À Hué, la lutte commence le 9 mars à 20 h 30. Les Japonais attaquent avec des effectifs dix fois supérieurs en nombre et l'appui des chars. Malgré cela, la citadelle oppose une résistance farouche infligeant à l'ennemi des pertes sensibles. Plusieurs contre-attaques furent tentées, mais, comme à Langson, elles ne purent se réaliser complètement. Le duc Huu-C [illisible], qui avait un bataillon au Tonkin et deux compagnies à l'extérieur de la province, use à Dong-Ha, l'autre à Vinh, ce qui réduisait avec le personnel indochinois en permission pour le Têt l'effectif normal. Le colonel Martin, commandant le régiment, trouvait la mort au cours de la nuit, tandis qu'à Dong-Ha la compagnie perdait leur chef, le capitaine Auber [?]. Le 10 à 16 heures, les munitions manquent. Le commandement décide alors de détruire le matériel, aussitôt repris par le sergent Hermès [?], qui fut blessé gravement dans l'action menée. Quinze courroies de ses mains liées. À 17 heures, quelques éléments prirent la résolution de percer la ligne de résistance ennemie et de gagner la brousse. Ils réussirent, mais furent poursuivis et, au cours de nombreux accrochages, essuyèrent de longues marches avec un ravitaillement précaire. Certains furent se rendre ; d'autres blessés ou tués. Néanmoins, plusieurs petites troupes atteignirent les hauts plateaux laotiens, où ils tinrent la brousse jusqu'au mois de juillet. D'autres éléments encore firent jonction avec la compagnie laotienne et échappèrent à l'ennemi jusqu'au mois de septembre, alors que la victoire avait sonné depuis le 15 août.
À Quang-Nam, la compagnie assaillie du capitaine Trouillet ayant un encadrement d'un capitaine et sous-officiers, résista pendant 36 heures. Le commandant japonais, devant cette résistance farouche et voyant les pertes qui lui étaient infligées par la garnison, demande une trêve pour évacuer ses compatriotes. Une délégation de chaque partie se rendit. Le capitaine Trouillet refusa les propositions du commandant japonais qui lui demandait de cesser le combat ou se verrait tous massacrés. La lutte continua. Plus ardente et plus meurtrière, les mortiers japonais pilonnaient la caserne. Le 12, à 4 heures du matin, les munitions étant presque épuisées, le capitaine décida de tenter une sortie, en laissant au poste les 50 hommes environ que, étant inaptes et sortis d'une infirmerie, pour aider leurs camarades. La décision de rejoindre le secteur à environ 15 kilomètres de la garnison était téméraire, pourtant elle devait réussir. La caserne résista encore deux heures, alors qu'elle fut submergée après un assaut et un tir violent. Le commandement japonais, surpris, fit aussitôt rechercher qu'une vingtaine d'hommes plus ou moins valides encore une fois, ils étaient désemparés.
À Qui-Nhon, la plupart des cadres européens se trouvaient en ville. L'attaque japonaise débute à 22 h 30, alors que les portes ouvertes se trouvent sur les collines environnant le quartier [Gaillard ?] venaient d'être paralysées par la surprise et réduites par des combats uniquement à l'arme blanche. Le camp, qui avait presque été cerné, sauf le blockhaus ouest et le camp des marsouins, étaient coordonnés par le nombre. Jusqu'à 2 heures, la résistance fut acharnée. Les Japonais utilisèrent des canons de 77 mais ils n'arrivèrent pas à diminuer l'ardeur de nos vaillants défenseurs. Pourtant, les pertes de notre côté se faisaient sentir ; d'autre part, les éléments se trouvant en ville n'avaient pu tous rejoindre. Le capitaine Faraud [?] fut tué en se dirigeant vers son P.C., tandis qu'au poste de police, le lieutenant Colli [?] faisant le coup de feu avec deux autres Européens recevait une balle dans la tête, le blessant mortellement. À 2 h 30, une première réussite à sortir, il devait dégager le coin Est de la caserne qui se trouvait sérieusement menacé. La mission fut accomplie avec succès, mais le groupe revenait avec deux sous-officiers en moins et deux blessés. À 5 heures, une partie des bâtiments du côté des écuries se trouvaient envahis par l'assaillant. Le tirailleur du blockhaus, ayant résisté jusqu'à épuisement des munitions, fut percé de plusieurs coups de baïonnette, les mains attachées derrière le dos. Dans les bâtiments du Mess et de l'État-major où plusieurs femmes et enfants réfugiés des villas voisines se trouvaient, étaient sous le feu des 77 japonais. La résistance n'était plus possible ; un tiers des effectifs était hors de combat.
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À 5 h 45, la sonnerie du « cessez le feu » vint mettre fin au combat. Les Japonais entrèrent dans la caserne. Le sergent Colombani fut tué cinq minutes après la sonnerie, ainsi les Japonais revenaient à leur méthode de se trouver devant une résistance tenace qui leur avait coûté cher. Plus de 20 combattants nippons furent mis hors de combat. De notre côté, un cinquième de l'effectif en morts et blessés.
Dans les garnisons des hauts plateaux Moïs, il n'y eut pratiquement pas de résistance.
À Ankhé [?], où se trouvait un bataillon du 16e R.I.C., le 9 mars fut, selon la T.S.F., sans relations avec la portion centrale à Quy-Nhon. Ce n'est que le 10, à 8 heures, que le commandement prit les événements, débordé par la rupture des communications télégraphiques avec Quy-Nhon puis par l'arrivée d'un Annamite, chauffeur d'un camion faisant le transport en commun sur la ligne Quy-Nhon, Kon-Tum, et qui dit avoir été attaqué dans la nuit du 9 mars au col d'An-Khê, à 15 kilomètres de la garnison. Deux camions de Japonais arrêtèrent le chauffeur en question, l'obligèrent à faire demi-tour, celui-ci refusant. Ils ouvrirent le feu mais ne purent le prendre, tant la manière qu'il réussit à prendre la fuite et rejoindre An-Khê, où il arrivait le 10 à 8 heures. Aussitôt, le commandant Pintet [?] et le chef de bataillon Frey [?] mirent sonner la générale, tandis que l'ordre de repli donné aussitôt. Le délégué M. Stada [?], qui fit rassembler sa garde indochinoise et se rendit en ville pour arrêter les huit Japonais qui se trouvaient dans une maison portant l'enseigne commerciale de « Dai-Nam-Kosi » à Quy-Nhon. Le capitaine Satre [?] fit irruption dans la pièce où les Japonais, en civil, prenaient leur repas et riaient joyeusement car il fut révélé par le domestique qu'ils devaient massacrer tous les officiers et sous-officiers qui se trouvaient en ville et se retirer de la ville. Le camp se trouvait à deux kilomètres plus haut. Ils se levèrent pour se défendre mais le délégué en tua trois à bout portant, trois avec son revolver ; les autres prirent la fuite mais trouvèrent arrêtés aussitôt, par nos hommes. Le 10, à 16 heures, le bataillon fit route sur le col de Mang-Yang. La compagnie qui avait été envoyée au col n'étant pas de retour, une section resta au camp pour détruire tout le matériel et les stocks qui ne pouvaient être emportés.
Le 12, le bataillon décida de se former définitivement en plusieurs détachements pour opérer dans des secteurs différents. Les destructions et sabotages, par ailleurs, les déplacements en brousse surtout dans des provinces étaient difficiles pour un trop important échelon. Le lieutenant du détachement Frey fut trouvé, au mois de mai, quelques ennemis eurent des rencontres avec des patrouilles japonaises qui, renseignées par les Moïs, se dirigeaient sans peine sur les points tenus par nous.
Il n'y eut pas de résistance nettement organisée malgré les fréquents déplacements de nos colonnes. Obligées de vivre souvent en dissipant leurs postes notamment en alerte, et à apporter de nombreuses troupes, comparativement fortes, quelques-unes ne retournèrent pas souvent avec les effectifs qui étaient partis.
Il y a plusieurs autres postes où l'organisation de la résistance fut faite dans les mêmes conditions, mais ce serait trop long et monotone d'en recueillir les détails. Citons néanmoins quelques noms tels que Paksé, Savannakhet, Kompong et bien d'autres.
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CONCLUSION
De cet exposé, il résulte sans équivoque possible que les militaires d'Indochine se sont dévoués de tout leur cœur à la mission de sacrifice qui leur avait été confiée. Ils ont combattu pour l'honneur de la France dans une lutte désespérée.
Si nos soldats n'ont pu, sauf au Laos, maintenir un coin de terre où flottait notre drapeau, ils ont du moins infligé à l'agresseur des pertes dont ce dernier conserve un amer souvenir. Au Tonkin, où 3 747 des nôtres ont été capturés au combat dans les casernes ou dans les citadelles, 662 sont tombés. On ignorera toujours le nombre de ceux qui, disparus en brousse, ont été assassinés. Quant aux Japonais, l'un d'eux, parlant à un Annamite, disait que « l'Indochine donne de l'Indochine avait coûté plus de 9 000 hommes à l'armée nippone ».
L'Indochine n'a jamais accepté l'occupation de son territoire. Pendant quatre ans, elle a mis en œuvre tous les moyens de sa population en préparant son armée à l'offensive qu'elle projetait conjointement avec les Alliés. Cette résistance, lorsque patente, inaccessible à la persuasion, a brisé l'équivoque que le Japon avait cru pouvoir créer en Indochine comme chez les autres vassaux de la sphère de coprosperité.
Ce refus de collaborer, si amèrement dénoncé par l'occupant, ce raidissement inflexible du sentiment français au regard de la mystique japonaise, l'hostilité de l'armée et des peuples, les Nippons constataient menace chaque jour davantage, devaient conduire le gouvernement impérial à assurer par le coup de force du 9 mars la sécurité de sa position en Indochine. Cette nécessité ne s'est pas révélée dans les autres pays soumis au statut de la « Plus grande Asie ». Il en a coûté aux forces françaises, d'après les estimations encore incomplètes, près de cinq mille morts et disparus. Mais le territoire des destructions sévères, le service ainsi rendu à la cause commune doit être évoqué aujourd'hui, car l'équité commande d'imputer à la communauté nippone la réparation de ces dommages.
En 1940, lorsque le général Catroux demandait aux U.S.A. l'assistance militaire au nom des accords de 1922 et 1937, lui permettaient d'espérer, le Département d'État, malgré les souvenirs qui attachaient son histoire à la nôtre, malgré les engagements antérieurs, répondait par une promesse dont la justification était liée à des nécessités stratégiques opportunes.
Cinq ans ont passé. L'Indochine, seule, a poursuivi la lutte jusqu'au sacrifice de son armée. Le Japon a offert capitaine ; rien ne s'oppose plus désormais à ce que la grande nation qui apporte à la colonie les secours qui lui est à nouveau réclamé pour l'aider à poursuivre son destin.
Il ne sera pas dit dans le monde que le sang français a été versé inutilement sur la terre asiatique. Il ne sera pas dit dans le monde que ceux qui ont provoqué les ruines des cités indochinoises ne les auront pas relevées. Il ne sera pas dit que ceux qui ont pillé nos richesses et massacré nos innocents ne seront pas châtiés.
Ce sera l'honneur des Alliés de rendre à l'Union indochinoise les moyens de panser ses blessures pour qu'elle participe de nouveau, dans la paix retrouvée, à la prospérité de l'Asie.