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Jusqu'en 1944, on a eu tendance en France comme à l'étranger à considérer que l'Indochine n'était pas engagée dans la Guerre mondiale et qu'elle n'en subissait pas les effets. Toutefois, l'Union indochinoise, maintenue par les circonstances mêmes et par sa position géographique en dehors des théâtres d'opérations, avait apporté en 1939 sa contribution à l'effort de guerre français. Elle avait envoyé le matériel, les hommes dont elle avait cependant grand besoin pour sa sauvegarde, et les matières premières qui, plus tard, lui feront cruellement défaut.
L'issue de la bataille de France devait conduire les pays de l'Union à modifier la forme de leur assistance. Écartés du conflit européen jusqu'en 1940, ils se trouvent à cette date brusquement placés au centre même de la conflagration asiatique. L'affaire de Langson, puis celle du Siam qui en est le contre-coup, constitue en effet le prologue du drame dont le premier acte s'ouvrira le 8 décembre 1941. L'Indochine subit seule, sans secours, ces deux épreuves majeures et résolument fait face à l'avenir pourtant lourd de menaces.
Le Japon, à l'affût de ces difficultés et résolu à les exploiter au profit de son expansion en Asie, cherche par tous les moyens à soumettre le territoire à ses besoins économiques. Il s'efforce d'affaiblir l'autorité française auprès des populations indigènes pour les rallier à une mystique propre à ses desseins.
Abandonnée à elle-même, l'Indochine n'a pu entrer en conflit ouvert avec l'envahisseur. Elle use d'abord de moyens dilatoires, d'arguties et de subtilités pour se dégager des obligations qui lui sont imposées ou pour en réduire les effets. Elle se raidit plus tard dans une résistance affermie lorsque son armée, ayant été reconstituée, elle pourra s'appuyer sur une force que le Japon redoutera de voir se joindre à celle qu'il devait combattre plus tard.
L'Indochine ne mésjugeait pas de l'armée nippone qu'elle avait sous les yeux, mais les Japonais méconnaissaient les moyens qu'elle accumulait patiemment. Toute la diplomatie française consista à jouer de cet équivoque et à la prolonger. Ce fut une guerre d'Asie conduite sur un terrain mouvant à travers les embûches d'une politique tortueuse qui déjouait les calculs les plus rigoureux et masquait les aléas de l'avenir le plus proche.
Quatre années durant, l'Indochine a ainsi lutté sans lassitude contre les empiétements nippons en préparant les armes par lesquelles elle devait gagner sa délivrance. Elle réclame aujourd'hui la réparation des dommages qui lui ont été causés. Ces réparations lui sont dues. Leur énonciation est légitime car, contrairement à ce que certains esprits mal informés ont pu croire, l'Union fédérale asiatique a été la première à ouvrir le feu sur l'ennemi commun.
Cette résistance s'est traduite par une action militaire immédiate et, si elle n'a pas été soutenue sur ce plan, c'est parce qu'elle a été privée de l'assistance qu'elle attendait de la part de la Grande-Bretagne et des U.S.A.
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[Début de page probablement tronqué. Raccord interprété :] Il convient en effet de souligner que la sécurité des terres françaises, américaines et hollandaises d'Asie était basée sur la solidarité collective des puissances intéressées. Les armées entretenues par ces puissances en Extrême-Orient n'étaient pas assez fortes à elles seules pour faire échec au Japon, seul agresseur possible dans cette partie du monde.
Cette communauté d'intérêts s'était exprimée à la conférence de Washington en 1922, où les États signataires, parmi lesquels figurait d'ailleurs le Japon, s'étaient garantis mutuellement leurs possessions insulaires dans le Pacifique. Cette conférence aboutissait au traité du 6 février de la même année qui assurait la souveraineté, l'indépendance et l'intégrité de la Chine.
En 1937, à la suite de « l'incident » sino-japonais, la France, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, en décidant de prêter assistance à la Chine, réaffirmaient le bien-fondé des conclusions de l'accord de 1922. C'est alors que le gouvernement français permit le transit du matériel américain destiné aux armées de Tchang Kaï-chek par Haiphong et le chemin de fer accédant au Yunnan.
La solidarité des quatre nations impliquait pour chacune l'obligation d'entretenir en Asie des forces capables, avec le concours de celles des trois autres puissances, de briser l'assaut japonais et de couvrir l'arrivée des renforts. Les difficultés qui pouvaient naître au sujet de cet accord entre les parties intéressées devaient de toute évidence favoriser le jeu de l'assaillant possible.
Or, en 1937, les troupes du Mikado envahissaient l'île d'Haïnan, qui commandait le golfe du Tonkin, et malgré les protestations de la France s'emparaient de l'archipel Spratly, situé à hauteur de Poulo-Condore et sur lequel flottaient nos couleurs depuis 1933.
Cet encerclement de l'Union était achevé par l'arrivée de renforts au Kouang-Si en 1939.
À cette époque, le général Catroux, gouverneur général de l'Indochine, disposait d'une armée réduite dont l'effectif fut porté par la mobilisation à 160 000 hommes, dont 40 000 au Tonkin. Mais, exception faite de quelques bonnes unités coloniales et de la Légion étrangère, ces troupes étaient en majorité insuffisamment instruites ; le matériel était désuet ; l'artillerie, l'aviation, la D.C.A., en quantités très faibles ; la Marine était représentée par le croiseur léger La Motte-Picquet et quelques avisos.
La guerre absorbant en Europe toutes nos ressources, aucun renfort d'hommes, aucune amélioration du matériel ne pouvait être attendu de la Métropole.
Le 17 juin 1940, la France demandait à l'Allemagne un armistice. Deux jours après, le Japon, profitant de la situation critique dans laquelle se trouvait l'Indochine, s'empressait de réclamer non seulement la fermeture du port de Haiphong au trafic du matériel américain livré à la Chine, mais aussi le droit de contrôler la stricte exécution de cette mesure. Pour appuyer ses exigences, les forces du Kouang-Si attaquaient et prenaient Long-Tchéou. Une division japonaise s'installait devant Langson tandis que la flotte croisait au large de Doson.
En même temps, Tokyo mettait Londres en demeure d'interdire le passage des marchandises par la route de Birmanie. C'est alors que devait jouer la solidarité des Alliés.
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Le général Catroux ne manqua point d'évoquer le pacte de commune assistance pour demander aux Alliés l'aide qu'il en attendait.
Dès le 18 juin, il avait télégraphié à Bordeaux que, si la France concluait une paix séparée, son alliance avec la Grande-Bretagne devait subsister dans le Pacifique, l'ennemi éventuel de l'une, le Japon, étant l'ennemi de l'autre. Le lendemain, à la question que lui posait l'Angleterre relativement à la position qu'il prendrait, il répondit que l'Indochine demeurait fidèle et que la décision britannique de poursuivre la guerre jusqu'à la victoire recueillait son plein assentiment. En cas de besoin, sa pleine assistance était assurée au gouvernement de Londres. Il ajoutait qu'il comptait vivement sur le concours militaire de la Grande-Bretagne si, comme elle en était menacée, l'Indochine était attaquée.
Devant l'hostilité japonaise qui se précisait et pour détendre la situation, il avait le 16 juin arrêté spontanément le transit vers la Chine puis, très préoccupé de connaître les intentions des États-Unis en cas d'agression de l'Union, il priait l'ambassadeur de France à Washington d'interroger le Département d'État à ce sujet. Le 19, il demandait à ce même ambassadeur d'obtenir la fourniture de 120 avions ainsi que celle de canons antiaériens, en exprimant l'espoir que Washington prendrait intérêt à une affaire qui se trouvait en relation étroite avec le maintien du statut dans le Pacifique. Il recevait le lendemain la réponse des U.S.A. : c'était une fin de non-recevoir. « L'Amérique ne croyait pas pouvoir entrer en conflit avec le Japon et, par suite, elle laisserait faire si cette puissance attaquait l'Union indochinoise. Quant à l'achat de matériel de guerre, la mission qu'il enverrait serait la bienvenue comme celle de tout autre gouvernement ami. »
La réponse que le général Catroux attendait du gouvernement britannique n'était pas plus encourageante. Londres l'assurait de son appui total pour maintenir l'intégrité du territoire de la Fédération. On observait cependant que le sort de l'Indochine et de l'Empire britannique était lié à la défaite allemande en Europe et que toutes les ressources militaires devaient être consacrées à ce but. Le gouvernement anglais signalait en outre qu'il était manifestement de l'intérêt de l'Indochine et de l'Empire britannique d'éviter d'être entraînés dans les hostilités en Extrême-Orient.
Des déclarations semblables étaient faites le 18 juin à Saigon par l'amiral sir Percy Noble, qui confirmait au gouverneur général l'impossibilité où il était de lui venir en aide.
Par conséquent, dans la soirée du 20 juin, au moment où il devait répondre à l'ultimatum japonais, le général Catroux savait qu'il ne recevrait aucun secours de l'Amérique en qui il avait mis son principal espoir. L'Indochine isolée n'avait à compter que sur ses propres forces pour faire face à l'armée japonaise de Canton, supérieure en nombre et en armement. Elle n'opposait à ses 200 avions que 25 appareils ; elle ne disposait pas de forces navales. Ses stocks de munitions ne lui permettaient qu'un mois de campagne. Elle devait en outre garder ses frontières terrestres et maritimes. La lutte, si elle s'engageait, devait conduire à l'occupation par droit de conquête et anéantir par suite la souveraineté de la France.
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Dès lors, la politique du général Catroux fut de temporiser, de durer, en attendant le développement plus favorable de la guerre. Il agit ainsi en plein accord avec l'Angleterre qui, dans le même temps, cédait aux exigences japonaises en fermant la route de Birmanie au transit chinois. Le colonel Jacomy [?] était envoyé à Washington avec mission de négocier l'achat de 200 avions. Cet officier n'obtenait que la promesse d'une livraison d'appareils pour l'automne suivant. Cependant, pendant les pourparlers, l'Amérique acceptait de vendre au Japon du carburant « high octane » qu'il suffisait de raffiner pour en faire de l'essence propre à la consommation des avions.
Le général Catroux, privé de l'appui des Alliés, tenta jusqu'à la mi-juillet de conserver l'Indochine par la négociation et les moyens politiques. Désavoué par le gouvernement de Vichy, il cédait le gouvernement général à l'amiral Decoux.
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LA RÉSISTANCE AUX FRONTIÈRES
Au début du mois de septembre, après de difficiles négociations, les Japonais étaient autorisés à occuper trois bases aériennes du delta tonkinois et à faire transiter leurs troupes du Kouang-Si par le Tonkin dans des conditions que le gouvernement général se réservait de fixer.
Le général Nishihara, commandant au Kouang-Si, insistait très vivement auprès du gouvernement français pour que ces conditions fussent établies sans délai. L'ambassadeur américain Grew conseillait de son côté, à Tokyo, la modération. Nishihara fut désavoué. Les contingents militaires autorisés à traverser le territoire indochinois étaient limités à un nombre qui ne pouvait excéder à tout moment 19 000 hommes.
Cependant, le 15 septembre, les Japonais reprenant brusquement leur position d'intransigeance, posaient de nouvelles conditions. Ils réclamaient l'établissement de bases navales pour leur flotte, la libre disposition des aérodromes et le passage sans limitation des troupes tant par Langson que par Haiphong.
Trois jours plus tard, comme aucune réponse n'était encore parvenue de Hanoï, le gouvernement général était mis en demeure de prendre une décision avant le 22 à minuit. Les conditions japonaises étaient alors acceptées. Cela n'empêcha point Nishihara de lancer dans la nuit même ses 45 000 hommes à l'attaque. Le lieutenant-colonel Louvet tombait dans un guet-apens à Dong-Dang, et, bien que surpris, les 3 000 hommes du général Mennerat résistaient héroïquement à cette agression inexplicable. Seule la défection de deux bataillons thaïs obligea nos troupes à se replier sur Langson dont la prise coûta aux Nippons 700 tués et 2 000 blessés. Nos pertes étaient lourdes aussi ; elles s'élevaient à 200 tués et à plusieurs centaines de blessés.
Langson, tourné par Loc-Binh, tomba glorieusement le 25 septembre. La route de la capitale était ouverte. La période des hostilités actives contre le Japon cessait le 26 après un court bombardement de Haiphong par l'aviation nippone.
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Le dessein du Japon était d'occuper le plus vite possible tout le territoire indochinois. Pour atteindre ce but, il était nécessaire de fixer nos troupes sur l'ensemble des frontières et de menacer les côtes qui n'étaient pas défendues. L'encerclement de l'Indochine ainsi réalisé, rien ne pouvait plus s'opposer à l'installation des Nippons dans les cinq parties de l'Union.
Aussi les Japonais, une fois établis au Tonkin, encouragèrent-ils en sous-main le gouvernement de Bangkok à présenter à la France des revendications qui devaient nous entraîner dans un nouveau conflit et aggraver la situation pourtant difficile de la Fédération pour le plus grand profit de la diplomatie japonaise.
Le 18 juin 1940, le Siam répudiait le pacte de non-agression qu'il avait conclu avec la France et la Grande-Bretagne onze jours plus tôt. Il réclamait par la suite le retour de ses limites à la rive gauche du Mékong ainsi que la rétrocession des provinces de Battambang, Siem-Reap et Sisophon, qui avaient été en 1908 rattachées au royaume cambodgien. Ces revendications étaient appuyées par des incursions aériennes et des bombardements sur Battambang, Mongkol-Borey, Sisophon, Stung-Treng, Vientiane, Savannakhet et Paksé, tandis que nos avant-postes étaient pris à partie par les troupes siamoises et que des rencontres sanglantes avaient lieu entre les unités de reconnaissance adverses.
Au début de janvier, les Thaïlandais s'étaient avancés en territoire khmer. Un combat s'engageait le 16 janvier à Phou Preav. La grosse supériorité de l'ennemi en personnel et en matériel, jointe à l'hostilité d'une nature forestière particulièrement favorable à l'assaillant, contraignaient nos troupes à se replier sur leurs lignes d'avant-postes.
Toutefois, le gros de nos forces, installé sur une ligne principale de résistance appuyée à la montagne de Sisophon et au Sung-Mongkol-Borey, ne sera jamais attaqué.
Le lendemain de la rencontre de Phou Preav, le croiseur Lamotte-Picquet, les avisos « Marne », « Tahure » et « Amiral-Charner » faisaient irruption à la pointe du jour dans les eaux de l'archipel de Koh Chang et coulaient la presque totalité de la flotte siamoise. Ce désastre était très vivement ressenti par le peuple thaïlandais, justement fier de la marine moderne qu'il avait acquise au prix de lourds sacrifices.
Dans la seconde quinzaine de janvier, la pression siamoise se faisait sentir vivement sur la frontière de Dang-Rek ; notre poste de Samrong était attaqué en force et la garnison, couverte par nos détachements motorisés, se repliait en bon ordre sur Chong-Kal.
Les opérations se poursuivirent malgré notre infériorité jusqu'à ce que, les Japonais intervenant, le Siam tentât de nous imposer un armistice dont nous rejetions aussitôt les conditions. Le Japon envoyait alors 50 navires croiser au large de nos côtes. Il fallut céder.
Le 11 mars était signé à Tokyo un traité amputant la colonie de 70 000 km2. L'Indochine perdait au Cambodge les provinces revendiquées et, au Laos, la rive gauche du Mékong, alors que les territoires militaires occupés par les Siamois n'excédaient pas une capacité de superficie de 4 000 km2.
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Ce traité, que le Comité de libération nationale ne reconnut jamais, obligeait le commandement à reporter la couverture de la frontière sur la ligne Pursat, Siem-Reap, Kompong-Cham, Kratié et Stung-Treng, où il installait de nouvelles garnisons.
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L'OCCUPATION JAPONAISE
Au cours de l'hiver 1940 et pendant le printemps de 1941, les Japonais se rendirent compte combien leur était hostile le gouvernement de l'Union et, ayant appris que l'amiral Decoux avait entretenu des relations avec des envoyés du général de Gaulle, décidaient d'occuper immédiatement le reste de l'Indochine.
Le 23 juillet 1941, un accord était signé à Vichy. Le 28, une armée débarquait à Haïnan et occupait dans le Sud la base navale de Cam-Ranh ainsi que les différents terrains d'aviation de Cochinchine et du Cambodge. L'Indochine devenait ainsi le bastion avancé d'où partirent au mois de décembre suivant les attaques sur Singapour, la Malaisie et l'Indonésie.
Le 8 décembre, un nouveau pacte nous est imposé qui vient affaiblir encore notre position en Indochine. Ce pacte institue le contrôle de l'information, l'organisation de la défense aérienne du territoire, la défense des côtes, mettant l'une et l'autre sous la vigilance japonaise.
Le plan japonais était réalisé. L'Indochine entière était occupée.
Le pays, contrôlé partiellement à partir de 1940, l'était donc complètement en fin 1941. Cette mainmise donnait aux Japonais des avantages considérables. Leur présence au Tonkin soulageait les fronts de Chine en maintenant des troupes chinoises aux frontières sud du Yunnan et du Kouang-Si. Les réseaux ferrés et routiers de Cochinchine permettaient d'alimenter en partie les théâtres d'opérations du Siam, de Birmanie et de Malaisie, en évitant de longs et dangereux transports maritimes. Le delta tonkinois et la Cochinchine tenaient sous la menace aérienne la Chine du Sud, le Siam, la Birmanie et les Indes néerlandaises, ainsi également que les Philippines. En outre, la Marine nippone avait à sa disposition des mouillages et des ports excellents. Enfin, les rizières d'Indochine permettaient à des effectifs importants de vivre sur le pays.
Ayant conscience des difficultés pratiquement insurmontables que leur aurait données un bouleversement radical du système administratif de ce pays, et voulant d'autre part exploiter ses richesses sans heurt, les Japonais adoptèrent le principe de l'occupation polie, imposée par la situation stratégique de l'Union. Cette occupation était désintéressée en apparence, mais elle demeura toujours sournoise et implacable dans le fond. Très vite, elle devint une affaire militaire avec des ramifications culturelles et politiques qui se traduisit par des accords économiques ou relatifs aux transports. Des conventions d'ordre militaire suivirent, qui justifièrent bientôt l'organisation d'un corps d'occupation.
(1) Des accords de défense commune.
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[Début de page tronqué. Raccord interprété :] Ces conventions comportaient aussi des modifications du statut qui nous était imposé, proclamaient à la fois une indépendance de façade et une allégeance spontanée à l'égard de l'Empire du Soleil-Levant, permettant à l'envahisseur de drainer la substance vitale du pays en même temps qu'il développait une propagande active en faveur de la culture et de l'influence nippones sur les territoires occupés.
Si l'autonomie que le Japon nous laissait n'était qu'une fiction, cette fiction lui était nécessaire. Sans elle, toutes les mesures d'exploitation forcée qu'il réclamait prenaient leur vrai caractère de tribut de guerre. L'occupation du territoire, si elle avait revêtu le caractère d'une conquête, aurait contraint le gouvernement de Tokyo à mettre sur pied, en pays mal connu et hostile, toute une organisation capable de maintenir la production locale et de la canaliser au profit de l'économie japonaise. Or, avec l'aide de l'administration française, les Nippons pouvaient escompter, grâce à une propagande appropriée, une adhésion des masses qui comporterait en fait, sinon de cœur, celle de cette administration européenne, certes condamnée, mais dont ils ne pouvaient se passer aussi longtemps que durerait le conflit. L'effort de guerre obtenu, la victoire acquise, l'Union s'apercevrait qu'elle avait elle-même forgé ses fers. Mais la force parlerait alors sans détour.
Ce calcul comportait une donnée psychologique que les Nippons ont lourdement ignorée. Ils n'ont pas compris que les Français d'Indochine, contraints de plier devant l'adversité, mettraient tout en œuvre pour répudier des contrats imposés et pour préparer la revanche de Langson. Lorsque la vérité leur est apparue, ils ont jeté le masque et fait couler le sang. Mais il était trop tard. La résistance avait porté ses fruits, la victoire était proche.
Les accords conclus avaient, en principe, un caractère uniquement défensif. En réservant aux troupes françaises la défense du Nord de l'Indochine, nous avions voulu éloigner les Japonais de la frontière chinoise et diminuer ainsi les risques d'incidents avec nos voisins. Effectivement, dans la zone frontière, il ne s'était trouvé jusqu'au 9 mars que des groupes isolés chargés de surveiller l'activité de nos postes et qui se livraient surtout à une intense contrebande au profit des officiers et soldats japonais.
Sur le plan économique, la résistance a été obstinée. Les Japonais ont rencontré les plus sérieuses difficultés au Tonkin, où ils avaient résolu cependant d'exploiter intensément les mines de charbon et de phosphates. Leur échec partiel est dû aux nombreuses pertes que subit leur marine en baie d'Along et au blocage du port de Haiphong par un navire coulé par les avions américains. De Cochinchine, l'occupant a pu, par le port de Saigon, exporter d'importantes quantités de riz et de maïs. Ces prélèvements ont progressivement cessé à partir de 1944 par suite du manque de shipping. L'occupation du pays a permis en outre au Japon de nourrir les effectifs qu'il avait mis en place dans cette partie de l'Asie.
Pendant quatre ans, la souveraineté de la France a été maintenue intacte. Son administration a fonctionné comme avant la guerre alors que son armée se préparait à la lutte.
La Radio de Saigon et les journaux publiaient les communiqués alliés aussi bien que les communiqués allemands. Ce n'était que pour les événements d'Extrême-Orient qu'ils devaient se limiter aux informations de l'agence Domei. La résistance des autorités françaises a été souvent efficace. Le Journal de Monsieur de La Chevrotière, à Saigon, acheté par les Japonais au début de 1944, n'a jamais réussi à paraître.
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L'opinion japonaise se prenait particulièrement ombrage des sentiments pro-alliés manifestés souvent ouvertement en Indochine. Les milieux nippons de l'agence Domei accusaient vivement les Français de la colonie d'écouter les radios étrangères, d'accumuler avec scepticisme et insolence l'arrogance de leurs victoires, de manifester leurs sentiments gaullistes, etc. L'un d'eux s'écriait un jour : « Vous êtes dans le mouvement français présent comme si vous étiez en France. C'est formidable ce que les Français peuvent réaliser dans la pensée malgré la distance et le manque d'ordres précis. Vous vous êtes alignés sur la situation française et vous êtes plus que jamais contre le Japon. »
Aussi les Japonais ne cachaient-ils pas leurs intentions dès que la situation au Kouang-Si se serait améliorée pour eux : user de représailles et prendre leurs précautions en s'assurant notamment d'un certain nombre d'otages.
Après le 9 mars, le quartier général impérial se justifiait en évoquant l'attitude prise par l'Union à l'égard du Japon. Le 10, il diffusait une proclamation qui dénonçait « le manque total de sincérité de la part des autorités françaises d'Indochine » qui avaient « convaincu les forces japonaises de l'impossibilité de continuer à mener conjointement la défense de l'Indochine et les ont obligées à décider d'assurer la responsabilité de cette défense à elles seules ».
Les griefs du Japon à l'égard de l'Union étaient les déplacements de nos garnisons, la collaboration de l'Indochine avec l'aviation américaine basée en Chine, aux Philippines et aux Indes, permettant ainsi l'interception des attaques contre les navires nippons le long des côtes annamites. Les Japonais révélaient en outre que, lors d'une réunion des chefs militaires tenue à Hanoï le 20 février, ceux-ci s'étaient montrés partisans d'une attaque immédiate contre les forces d'occupation et que, les 20 et 22 février, notre armée avait reçu des approvisionnements parachutés dans la région de Thai-Nguyen. Ils nous reprochaient enfin de ne pas tirer sur les avions ennemis venant bombarder le pays et de porter assistance aux aviateurs alliés tombés sur le territoire. Les Japonais décernaient ainsi à l'Indochine le plus éclatant des hommages.
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LA RÉSISTANCE INTÉRIEURE ET LA PRÉPARATION DE LA LIBÉRATION
Autre résistance plus pénible peut-être parce qu'elle exigeait de tous une discipline purement intérieure, une foi de tous les instants, une adaptation intelligente aux circonstances : commençait après la lutte ouverte la lutte sournoise de toutes les heures qui s'organisait sur le territoire où continuaient de flotter nos couleurs. Cette opposition acharnée s'est poursuivie pendant quatre ans. Ceux qui l'ont accomplie, il faut le souligner, étaient épuisés par un séjour colonial qui se prolongeait dans des conditions matérielles et morales chaque mois plus cruelles, dans un isolement que seule soutenaient la fierté de demeurer libres et la certitude de la victoire pour laquelle ils se dévouaient.
Cette longue résistance, inaccessible à la persécution, a brisé l'équivoque que le Japon avait cru pouvoir créer en Indochine comme chez les autres pays vassaux de la « Sphère de coprosperité ». Parmi les refus si publiquement constatés de collaborer avec l'Empire du Soleil-Levant, l'Union indochinoise a pris la tête de la révolte contre l'hégémonie japonaise. Il lui en a coûté des deuils nombreux et des pertes très lourdes. Le service ainsi rendu à la cause commune doit être évoqué aujourd'hui.
Comme en France, le mouvement de résistance se fit jour au lendemain de la défaite, à la suite du choc psychologique que les malheurs de la Patrie avaient provoqué dans les âmes. Les Français de l'Indochine, accablés par le désastre, se réunirent spontanément dans les foyers d'anciens combattants pour se concerter, se grouper et continuer la lutte sur la terre lointaine où ils avaient fixé leur destin.
Les rassemblements clandestins se formèrent un peu partout. Il y en eut jusqu'à quatorze qui, s'ignorant mutuellement, adhéraient à des disciplines différentes. Des hommes comme Plasson au Cambodge, Huchet-Baquet, Weber en Cochinchine, tentèrent de conjuguer ces bonnes volontés. Ils y réussirent en partie, mais, faute de moyens, les résultats obtenus ne récompensèrent pas leurs efforts et leur courage. Toutefois, ils exprimèrent dès la première heure la résolution des Français de servir jusqu'à la victoire la cause des Alliés.
Le travail de ces hommes intrépides s'était exécuté sans qu'aucun contact, du moins au début, existât entre l'Indochine et la France libre. Lorsque ces contacts se nouèrent, les agents F.F.I. ne purent les exploiter pour des raisons diverses qui tenaient principalement à la précarité de leur organisation et à la facilité avec laquelle pouvait s'exercer sur eux la surveillance japonaise. Les liaisons qu'à grand-peine ils avaient pu établir manquaient faute de matériel d'efficacité. Les voyages des émissaires secrets constituaient, en raison du temps perdu au cours de ces déplacements, des inconvénients majeurs. Bientôt même leur fut défait le moyen de passer dans les émissions sous contrôle japonais de Radio-Saigon des phrases conventionnelles. Puis le docteur Béchamp, Huchet et tant d'autres étaient arrêtés et emprisonnés.
Un jour enfin, le lieutenant Lahaille [?], qui demandait alors le poste frontière de Sima [?], fut mis en rapport avec le lieutenant Herbert [?] de la dissidence. De cette rencontre naquit la participation de l'armée indochinoise à la résistance. Dès lors, sous l'impulsion du capitaine Levain, officier de l'E.M. du Généspet [?], des contacts fréquents s'établirent avec les officiers de la mission française de Chine.
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[Début de page tronqué. Raccord interprété :] Cette mission était en liaison directe avec Kunming. Deux vacations avaient lieu chaque jour pour le passage de dix à douze télégrammes concernant des désignations d'objectifs, le stationnement des troupes japonaises et le résultat des raids aériens. Chaque matin, la météo du Delta était envoyée à la 14e U.S.A.F., qui la retransmettait à la M.M.R.
Le système était cependant précaire car, en l'absence de postes clandestins spécialisés, nous devions utiliser en Indochine le poste militaire de Hanoï, connu des Japonais et, en Chine, des appareils américains ou chinois qui nous étaient prêtés sous condition et qui pouvaient nous être à tout instant retirés.
Les difficultés étaient grandes ; nos officiers de Chine, très gênés dans leurs déplacements et dépourvus de matériel, trouvaient pris, au surplus, dans un réseau d'intrigues et de marchandages dont ils ne décelaient pas toujours les visées.
Néanmoins, les renseignements de première main transmis avec célérité à la Navy et à la 14e Air Force américaine permettaient déjà aux formations navales et aériennes d'effectuer des raids efficaces sur les garnisons japonaises du Tonkin, sur le réseau ferroviaire utilisé par l'occupant et, plus encore, sur les convois de navires qui entraient dans nos ports ou qui en sortaient. Notre territoire subissait les conséquences de cette activité croissante, non seulement dans ses œuvres vives, mais aussi dans sa population fortement éprouvée par les bombardements.
L'observation du trafic maritime de Saigon et du Cap Saint-Jacques était adressée par Saigon à Hanoï. Tout bâtiment arrivant ou partant était signalé dans les 36 heures à Kunming. À plusieurs reprises, au moins trois fois en 1943, le bureau de Saigon reçut les félicitations et les remerciements des Alliés pour l'exactitude et la promptitude des informations recueillies.
À partir du mois de juillet, les services secrets de l'Indochine adressaient à l'extérieur, outre les renseignements télégraphiques, des documents au rythme d'un par mois environ relatifs à la situation militaire, économique, politique, ethnographique, climatologique, etc., de la Fédération. Chacun de ces envois représentait un colis de 50 à 100 kilogrammes.
Dans la première moitié de 1944, une liaison directe avec Calcutta était enfin établie. Celle-ci draina dès lors la plus grande partie des informations à l'exception de celles qui pouvaient justifier une action immédiate de la 14e U.S.A.F., lesquelles étaient transmises à Kunming. Plus tard, cette liaison directe, suppléée avec Calcutta, assura un trafic radio entre l'Indochine et l'extérieur qui atteignit des proportions considérables.
Au poste militaire de Hanoï étaient venus s'ajouter ceux du S.R. de Tourane et de Saigon, ce dernier passant directement à Kunming tous les renseignements concernant le mouvement maritime. La centrale de Hanoï était en liaison avec Chungking, Calcutta et le trafic quotidien. À la fin de l'année, l'ordre d'une trentaine de télégrammes environ était atteint.
Du 1er janvier au 9 mars 1945, cette collaboration continue encore de se développer.
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Indépendamment de ce travail d'information, les services spéciaux en Indochine portèrent assistance au personnel allié chaque fois que l'occasion s'en présentait.
Le réseau Gordon en particulier, composé en majorité de Français, organisait les évasions de nos amis malgré l'extrême sévérité de la surveillance dont ils étaient entourés.
Les aviateurs tombés sur le territoire furent presque toujours remis rapidement et clandestinement aux autorités françaises qui les soustrayaient aux recherches nippones et les conduisaient à la frontière quand cela était possible. Ainsi furent sauvés le lieutenant américain Hesler, abattu à Kien-An, le pilote D.A. Henry, les lieutenants américains Straton et Moranville, Hérace [?], les sous-lieutenants Lynch et Pierce Lambros, les sergents Entler [?] et Santos Padre [?], Douard [?] descendus au cours de l'opération américaine du 12 janvier 1945.
Le lieutenant Gaines et deux autres aviateurs non identifiés furent trouvés morts près de leur appareil et enfouis par les Japonais dans une fosse commune. Les autorités françaises exhumèrent les corps malgré l'opposition des Nippons, les mirent en bière et, après avoir pris les photographies et les empreintes digitales des défunts, les firent enterrer au cimetière de Haiphong où les R.R.P.P. Bonneau et Chiron leur donnèrent l'absoute.
Personne ne songe à minimiser aujourd'hui les services rendus ainsi aux Alliés par l'Indochine ni l'attachement qu'elle n'a cessé d'exprimer à la France libre dont de cruelles conjonctures la séparaient.
Il a été reconnu par les Alliés eux-mêmes que, pendant toute la durée de la guerre contre le Japon, les Français d'Indochine ont fourni aux services de renseignements du Suprême Allied Command South-East Asia des informations si précises qu'elles mentionnaient souvent les noms des bâtiments ennemis, leur chargement, leur route, leur vitesse, leurs destinations. Grâce à quoi, de l'aveu même des S.R. britanniques, quatre croiseurs, cinq destroyers, huit transports, six pétroliers, trois escorteurs, deux cargos et treize autres bâtiments ont été coulés ou gravement endommagés du 15 octobre au 9 mars 1945, tandis que 1 800 hommes de troupe périssaient au cours de ces attaques.
La Résistance était soutenue puis dirigée de l'extérieur par les organismes français installés en Chine et aux Indes.
Au début, les renseignements fournis par nos S.R. étaient transmis à la mission française en Chine. Cette mission, dirigée par le général Pechkoff, avait détaché un officier de liaison auprès de la Force 136, à Meerut, et comprenait un S.R. établi à Chungking, qui était en rapport avec les postes frontières par l'intermédiaire de Kunming et un groupe d'action installé à Nanking qui travaillait lui-même avec le S.P. de la Navy américaine.
M. Mackensie [?], chef de la Force 136, créait alors la French Indochina Country Section, ou F.I.C.S., et demandait bientôt la formation aux Indes anglaises d'un détachement français appelé à opérer sur le sol indochinois. Le 1er novembre 1943, le corps léger d'intervention, C.L.I., était organisé et son effectif était rattaché à la F.I.C.S.
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Le 20 août 1944, le Comité de la Défense nationale décidait la création d'un service d'action, la S.A., dont le programme comportait tout d'abord la séparation de l'armée d'Indochine du service de renseignements, la construction sur le territoire fédéral d'organisations subversives rapidement reliées à l'extérieur par double système de communications radiotélégraphiques.
Des négociations entreprises avec la Force 136 s'engageaient en vue de déterminer l'aide matérielle sur laquelle pouvait compter la S.A. Ainsi naquit le plan Guinness.
Ce plan prenait pour base de ses estimations un effectif de 300 hommes que la Force 136 s'engageait à soutenir en lui accordant le concours de son aviation, de son matériel et de son armement. C'est dans les limites de ce chiffre que la S.A. devait recruter en Indochine ses effectifs s'il voulait être assuré de pouvoir les ravitailler à tout moment. C'est dans ce cadre qu'il devait établir son plan d'actions subversives.
L'accord Guinness posait en principe que l'objectif essentiel était de faire bénéficier les Alliés en Indochine, par leurs actions, de l'ensemble des destructions stratégiques approuvées par le commandement français sur le territoire de l'Union. Les organisations à créer en Indochine, dans ce but, devaient mettre sur pied des groupes d'action appelés à se transformer en groupes de guérilla après l'exécution de leurs missions de sabotage.
Les groupes Rivière au Tonkin, Danjou au Laos, Médéric et David en Annam, Legrand au Cambodge, Mangin en Cochinchine étaient constitués peu après et devaient par la suite apporter une aide précieuse à l'armée.
Le mouvement de résistance intérieure était donc relié par un système de transmissions de renseignement à la Chine et à Calcutta. Il demeurait subordonné au S.A. en ce qui concernait le plan des opérations militaires que l'on envisageait et dont l'aboutissement devait être une intervention alliée en Indochine.
Parallèlement à cette action, on le but essentiel du service potentiel des armées alliées associées, le commandement français préparait l'instrument grâce auquel il comptait apporter aux Alliés le concours que ceux-ci attendaient pour la libération du pays.
Il poursuivait comme par le passé les appels de contingents annuels qu'il entraînait dans la guerre dans laquelle ils devaient être encadrés. Ses cadres d'officiers et de sous-officiers indigènes étaient élargis pour suppléer à l'insuffisance des effectifs français, durement éprouvés par le manque de relève régulière. Tout un corps de spécialistes indochinois avait été organisé afin de doubler celui des spécialistes européens. De nombreuses classes de réservistes, maintenues sous les drapeaux, pouvaient à tout instant entrer en campagne. Pour parfaire l'entraînement de la troupe, pour élargir l'expérience des chefs sur les conditions géographiques des régions où ils étaient appelés à combattre, des reconnaissances étaient poussées loin des garnisons et jusque dans les centres les plus reculés. Ces manœuvres incessantes, ces déplacements de notre force constituaient une excellente contre-propagande auprès des paysans qui, spectateurs du drame franco-japonais, avaient cru à l'effondrement de notre puissance.
Lorsque, en 1944, la direction de la résistance fut confiée aux militaires, cette activité exaltée par la certitude d'une décision prochaine prit résolument un caractère agressif.
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[Début de page très abîmé. Raccord interprété :] Des groupes clandestins furent mis sur pied ; ils devaient porter les armes. Cette organisation, minutieusement préparée en tenant compte de la nécessité de maintenir à son niveau la production locale, chargeait des détachements spéciaux du stockage de l'armement et du matériel parachuté journellement par les libérateurs. L'esprit de lutte qui animait l'armée contribuait à maintenir dans la population la confiance et l'espoir.
Dans l'éventualité d'une agression japonaise qui nous eût surpris avant l'offensive des Alliés, l'État-major général avait mis au point un plan d'opérations qui mettait en œuvre tous les moyens tactiques et matériels dont nous pouvions disposer afin d'infliger à l'assaillant le maximum de dégâts.
Ce plan A, dont l'économie générale consistait, au Tonkin, à résister le plus longtemps possible dans le delta avec des moyens réduits et peu de chance de décrochage, prévoyait des lignes d'arrêt en moyenne et haute région. Malheureusement, les renforcements massifs effectués par les Japonais au Tonkin depuis décembre 1944 allaient permettre à ces derniers de monter leur attaque avec la certitude de posséder partout la supériorité numérique et, le plus souvent, celle de l'armement.
Néanmoins, la vigilance avec laquelle le commandement avait attendu l'heure fatale devait permettre à nos hommes de se battre et de sauver l'honneur du drapeau.
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La résistance militaire devait être conduite en exécution des impératifs du plan A, établi par le général Ayme et approuvé par le service d'action de Calcutta.
Ce plan, dont l'économie générale consistait d'une part à fixer l'ennemi par des forces regroupées, d'autre part à détruire ses moyens de communication en attendant l'arrivée des troupes alliées, était conditionné au Tonkin par une courte résistance des postes du delta qui devaient ensuite décrocher pour se livrer à des actions de guérilla. Il était établi que Kien-An, Doson et Nam-Dinh seraient évacués sans délai car la lutte n'y était pas possible sur place. La garnison de Vachay avait reçu l'ordre de rejoindre celle de Tien-Yen, à Mong, où se trouvaient les détachements les plus importants. Le combat devait par se prolonger au point de risquer la destruction totale. À l'heure appréciée par le commandement, les effectifs devaient manœuvrer sur le Fleuve Rouge et la Rivière Claire, où le groupe du colonel Seguin était chargé de les couvrir. Ces troupes devaient se replier lentement sur le Laos pour fixer l'adversaire loin des côtes. Dans les places comme les forts de la moyenne et haute région, il devait lutter à outrance.
Ce dispositif était aux ordres du général Sabattier, commandant la division du Tonkin et dont le P.C. était à Phu-Doan.
Dans le Sud, la division Delsuc devait être concentrée dans la région de Ban-Methuot ou, en cas d'impossibilité, dans celle de Kratié. Au mois d'octobre 1944, le général commandant la D.C.C. avait ordonné des aménagements entre unités, de manière à renforcer discrètement les détachements appelés à agir sur Ban-Methuot ou Kratié. Dans la seconde quinzaine de novembre, l'État-major du général Delsuc établissait l'ordre d'opération n° I qui prévoyait deux cas : l'attaque par surprise et l'attaque après une période de tension. Dans la première hypothèse, la mission des unités était de lutter jusqu'à épuisement des moyens de combat puis de détruire le matériel, à l'exception de celui appartenant au service de santé.
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Dans le deuxième cas, les forces de la division étaient réparties en huit groupements dispersés au nord de Thudaumot, à Kratié, Kompong-Cham, Pursat, Phnom-Penh, dans le Bassac, au cap Saint-Jacques, à Cam-Ranh et Ban-Methuot.
Si la concentration s'effectuait à Kratié, le groupement Foulon [?] de Cochinchine-Annam venant de Thudaumot et celui de Kratié-Kompong-Cham devaient être rassemblés dans la région de Kratié avec le groupement de Ban-Methuot.
Cette mission pouvait être rendue impossible par les circonstances. Alors, les éléments de Thudaumot, grossis d'une partie des forces du groupement de Kratié, avaient comme but la jonction à Ban-Methuot.
À partir du 25 novembre, les troupes commençaient à quitter leurs garnisons selon le plan établi. Le but avoué de ces mouvements était le dégagement des grands centres du Sud, afin de soustraire le personnel et le matériel aux effets des bombardements aériens. Par ailleurs, jusqu'au mois de janvier 1945, la solution de Ban-Methuot était impossible ; les pluies rendant impraticable la route coloniale n° 14 inachevée et les pistes accédant au camp de Rolland. Afin de passer de la solution Kratié à celle de Ban-Methuot, les réserves de matériel, munitions et vivres de la division furent réparties entre trois dépôts, à Kratié, à Loc-Ninh et à Ban-Methuot, suivant la manœuvre que les événements imposeraient.
Le dispositif prévu était réalisé dans le courant du mois de janvier 1945.
Au début de février, l'installation des troupes japonaises le long de la route coloniale n° 15, à Loc-Ninh, Stung-Treng, le transfert des dépôts de matériel de toute nature qui étaient opérés dans la région nord de Saigon semblaient indiquer l'équipement par les Nippons d'un axe de repli pour les troupes stationnées en Cochinchine. En présence de cette situation nouvelle et spécialement par suite de l'ouverture de la route n° 14, vers le 15 février, le général décidait, conformément aux ordres reçus de Hanoï, d'adopter la solution Ban-Methuot. La pénurie de carburant et de moyens de transport obligeait l'État-major à conduire ce glissement en deux temps. En installant d'abord les forces de la D.C.C. aux terres de Song Bé, région de Nui Bara, pour les pousser ensuite sur le nœud des trois frontières et sur Ban-Methuot. Les ordres se rapportant à ces mouvements furent donnés au début du mois de mars. L'exécution en commençait le 8. Ce dispositif était placé sous les ordres du général Delsuc, dont le P.C. était à Saigon.
Aucune armée au monde, à l'exception de l'armée japonaise, n'est capable de garder le secret d'une agression dont le développement a montré qu'elle avait été minutieusement préparée dans toute l'étendue de l'Indochine. Pourtant, plusieurs reprises, certains indices avaient laissé croire à l'imminence d'une attaque. Calcutta avertie avait donné l'ordre, au début de 1945, de tenir deux mois encore sans incidents. Un semblable impératif permettait d'escompter pour cette époque l'intervention des libérateurs sur le territoire fédéral. L'assaut japonais ne faisait aucun doute ; la grande inconnue, c'était l'heure où se déclencherait cet assaut. Les dispositions étaient prises pour en réduire les effets, mais il n'était pas possible de maintenir sans discontinuer en état d'alerte le personnel et le matériel sur les positions envisagées. Ce qui explique ce que l'on a appelé la surprise du 9 mars. Si l'attaque a été inattendue, la conception et l'exécution de la défense ont joué de la façon prévue au plan A. Les Japonais l'ont éprouvé cruellement.